l’ombre de nos pas

Exposition du 14 mai au 13 juin 2020

La vie entière de l’âme humaine est mouvement dans la pénombre, nous vivons dans le clair-obscur de la conscience, sans jamais nous trouver en accord avec ce que nous sommes, ou supposons être…….Nous sommes quelque chose qui se déroule pendant l’entracte d’un spectacle…………….Le monde entier est confus comme des voix perdues dans la nuit extrait page 99 fernando pessoa “ Le livre de l’intranquillité “.

Le pas glisse où l’ombre file et le rai qui l’éclaire estompe la trace, efface le trait. Sans poids ni mesure ne porte ni ne pousse, passe, peut-être marque au revers. Est-il gris que ne le suit ni l’oeil ni le sang qui l’entraîne, le perd, l’oublie ? Où trompe le contour paraît l’improbable essence blanche, opaque et disparait. La flaque là, prend le pas sur le pas, pompe la marche, engloutit le sens, noire. Des bêtes à silence au loin tu perçois le battement d’ailes qui brouille le miroir. Et l’air défoule à ton passage ce que lui a légué ton corps au temps de son éclat.

Entre les pas qui vont et ceux qui viennent, ceux qui marchent et ceux qui traînent, le train et la halte passagère, là, juste au soupir, c’est le jaillissement de l’aperçu, l’entrevu, l’éclipsé mais capté au vol, précipité sur l’improbable substrat. Les clichés se disjoignent pour s’organiser à leur gré sous nos yeux qui cherchent à les saisir, les intégrer à quelque ensemble qui puisse faire table. Nulle courbe ici pour embrasser les bribes, fossiles qui assaillent l’oeil opaque, pris dans son carcan peut-être de perplexité. Tout est d’angle vif, tranche et retranche, rouge à rouge. Le flou pourtant prévaut, couvre la rencontre des pas avec ce qu’ils révèlent. On est dans les replis du temps qui vaguement se décolle des mémoires. A peine ose-ton lever “l’ombre de nos pas”, entrapercevoir un clin de clarté, que le signe se  voile, se fait mirage. Prudent recul du regard au vu des retours. Derrière la vitre, sous les pliures, les rognures, au-delà des éclatements brûlés, face à la rigueur d’une géométrie contrainte, s’affiche le simple et douloureux questionnement de la permanence et de l’oubli. Sans doute la démarche, entre expectation défiante et coulisses de la mémoire, laisse-t-elle peu de place à l’espérance et la grande voix de Dante emplit ces espaces délités où percent comme en écho geste et regard d’enfant, qui semblent nous souffler: “chacun reprendra sa chair et sa figure…”1, non pour aller vers la lumière mais vers “les lieux ou rien ne luit”2.  Reste que le pas vient à la rencontre, annonce, enjambe l’ombre du pas qui peut-être nous rejoint.

1Dante, La Divine Comédie, Chant VI
2Dante, La Divine Comédie, Chant IV
François-Noêl Simoneau

Coupe temporelle

Et si la sensibilité aux conditions initiales,  ce qui me renvoie à la montée des circonstances de Denis Roche, se tenait toujours tapie entre nos figures passantes, fantômes épinglés sur la surface du temps en attente de leurs disparitions. Fascination, et nous serions immobiles à grands pas à l’instar de Paul Valéry.

Marie-Françoise Prost-Manillier