J’ai mangé mon père, j’ai mangé ma mère et ça va mieux

Exposition

Préface

En 2010, Yves Henri avait littéralement englouti le peuple muet des statues de plâtre entreposées au Musée des Moulages. De l’enchevêtrement des poutres noires, déployées telle une gigantesque toile d’araignée digérant patiemment ses proies, surgissait, au plus haut de la cimaise, perché au-dessus du blanc défilé de l’histoire de l’art, l’un de ces guetteurs dont l’installation marque régulièrement la route que trace l’artiste.J’ai mangé mon père, j’ai mangé ma mère et ça va mieux

Il y est demeuré. Jonas, sorti du ventre de la baleine ?

Décidément, l’appétit de cet artiste ne connaît pas de limite. Le voici à présent à dévorer père et mère, et d’en clamer haut et fort les bienfaits ! A tous les esprits savants et chagrins qui ne cessent de clamer la fin de l’histoire (de l’art), Yves Henri oppose malicieusement sa propre faim d’histoire ! Et de généalogie.

Malicieusement ? Oui, bien sûr, mais quiconque parcourt aujourd’hui l’installation qu’accueille la galerie le116 ART comprend aussitôt que le véritable rire est comme la face claire du sérieux de la vie. Le sacré n’est pas très loin. Dans la haute forêt de bois calciné et de fer noirci que le visiteur regardera et parcourra nécessairement en silence, un petit peuple de Jonas à l’identique, perplexes et dubitatifs, cherche son chemin. Et sans doute nous renvoie l’image de nos errements, des errements et des ratés, des effondrements et des renaissances dont se nourrit depuis la nuit des temps, celle des cavernes, l’histoire des hommes et des civilisations.

L’installation J’ai mangé mon père, j’ai mangé ma mère et ça va mieux ! Relève comme si souvent chez Yves Henri de la création partagée. A ces errements, à ces effondrements et ces renaissances, aux élans brisés de la modernité et au bric-àbrac de la postmodernité, l’ami et complice François Lamy apporte le contrepoint sonore d’une partition interactive.

Mais Jonas ici encore sort du ventre de la baleine. Il est là, perché au-dessus de vous, quand vous sortez de la forêt, telle la plus haute sculpture au-dessus du porche d’une église. Cette fois il s’appelle Vania*. Et vous vous demanderez si cet autre Jonas rescapé de la tempête n’est pas comme saisi d’une profonde hésitation : descendre, retourner dans la caverne, relancer la machine du monde ? Si il existait pour la sculpture l’équivalent de nos cavernes rupestres, je crois bien qu’elles auraient comme un air de parenté avec les installations de Yves Henri. Son anthropophagie facétieuse est ni plus ni moins qu’une méditation anthropologique.

Il faudrait regarder et vivre l’installation de J’ai mangé mon père, j’ai mangé ma mère et ça va mieux ! avec pour guide la lecture de l’historien d’art Hans Belting auquel j’emprunte, pour vous les proposer, ces quelques mots d’accompagnement : « Autrefois l’artiste étudiait au Louvre les chefsd’oeuvre. Aujourd’hui, il va au British Museum pour envisager l’histoire entière de l’humanité ».

Alain Kerlan Philosophe,
Professeur des universités : Lyon 2
*Vania : voir « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis : ouvrage prétexte et référence à cette exposition

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Galerie le 116art

116 route de frans
(derrière la gare)
69400 Villefranche-Sur-Saône
tél: 06 60 51 89 22
mail: galeriele116art@orange.fr

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