silences…

Du 11 janvier 2020 au 22 février 2020

Vernissage le 10 janvier à partir de 18h00

Nature et artifice

La photographie, et ses acteurs, souffrent depuis son origine, au milieu de XIXe siècle, de nombre de préjugés. Sans doute parmi ses détracteurs figurent nombre d’artistes, épris de la taille sur bois ou cuivre, reléguée désormais au second plan, qui s’empressèrent de la disqualifier.

En quel nom ? On peut en étirer une litanie : naturalisme, objectivité, rigidité, pourquoi pas même absence de style ? Les raisons de ce discrédit gisent sans doute partiellement dans les conditions matérielles de l’édition, donc de l’alliance entre  impression typographique et reproduction de l’image, avec l’importance qu’acquiert la « presse ». Ces critiques se résument toutefois à un flot d’inepties. En premier lieu, un regard un tant soit peu initié à la contemplation des oeuvres, sait discerner rapidement un « quelque chose » de singulier. Pour la littérature, on dirait un style ou un ton, pour la musique un son. Pour la photographie, on préfèrera l’oeil ou le regard. Quand bien même à l’instant ultime, celui d’appuyer sur le déclic, un élément  peut échapper à l’artiste, le travail préparatoire aura été pensé, voir médité: choix de l’objectif, du cadrage, du contraste, de la profondeur de champ, etc…

Le travail ici exposé par Joseph Caprio aura sans doute nécessité une conséquente enquête visuelle.

Tout ce qui est ici rassemblé sous le titre « Silences », fait signe à l’évidence à la recherche d’une unité (de temps et de lieu), cela ne dispense pas de prendre en considération l’effervescence créatrice qui se dissémine en une multiplicité d’images singulières.

Où et quand se trouve-t-on ? Au petit cimetière communal de Gières, à coté de Grenoble, quand des travaux de réfection ont contraint à couvrir les tombes de grandes bâches de plastique, sous lesquelles transparaissent des roses artificielles.  Éternelles ? Sûrement pas.

Ce à quoi s’attarde Joseph Caprio, c’est à capter l’effet particulier produit par cette étrange association de matériaux synthétiques. Nous sommes partiellement bernés par ce simple fait, croyant spontanément que ce « lieu saint » ne saurait renfermer que des fleurs naturelles et vivantes, nous peinons à admettre que ces montages d’apparences créent des sensations réelles.

Ainsi, ce mixte de matières plastiques, se présente-t-il toujours un peu « torturé », étant passé entre des mains humaines, froissé, chiffonné, en tout cas révélant grand nombre de saillies et d’angles. Alors la réverbération de la lumière prendra-t-elle  des allures aléatoires. Pour ma part, toujours sensible à l’univers des métamorphoses, j’en arrive, à me demander si la lumière, loin d’être extérieure, n’émane pas de ces objets irradiants.

Ce n’est qu’un point de vue. Toutefois, il faut remercier Joseph Caprio de nous avoir offert, ces instants silencieux et paisibles, d’où sourd toujours une « obscure clarté ».

Laurent Henrichs