parures

Exposition du 20 mai au 3 juillet 2016

frédérique fleury : parures 2016

Préface

Dans « Parures », l’installation qui donne son titre à l’exposition, on pense d’abord qu’il s’agit des sortes de boules de massue reliées à des chaînes et des menottes, comme celles qui entravaient jadis les prisonniers. Mais l’ensemble est blanc comme un collier de perles. En s’approchant de l’oeuvre, on découvre que c’est en céramique. La fragilité du matériau contredit la forme des objets. De plus près encore, on voit que les boules sont ornées de fleurs. Hommage aux Femen, ces féministes ukrainiennes adeptes des happenings seins nus et couronnes de fleurs sur la tête ? Dialectique de la beauté et du combat ? Sado-masochisme versus harmonie des sens ? Ses parures boulets, des métaphores du sort des femmes ?

Fleury ne donne pas de consigne. Ses oeuvres subtiles semblent juste susurrer quelques absurdités premières. Subir les contraintes mais ne pas pouvoir vivre sans. Jouir des colifichets et les trouver pesants. Vivre à fond dans la société de consommation, mais en souffrir quand même. Tout vouloir, mais savoir que ça n’a pas de sens.

Ses tripodes, grandes sculptures à trois pieds en textile rembourré et en céramique, suggèrent des pièces de jeu d’échecs dressées sur la pointe des pieds, ou des jarres de jardin qui auraient tourné drag queen des beaux quartiers. Le corps en toile est contenu par des bijoux de terre. La contrainte est-elle nécessaire ? La souffrance qu’elle engendre est-elle utile ? Le résultat
en tout cas est élégant et violent, tout comme le processus de réalisation de ses papiers cousus, autre série-phare de cette exposition.

Fleury pique à la machine des feuilles préalablement découpées. Elle aurait pu choisir de les coller, comme on le fait d’habitude avec le papier. C’est presque une aberration de coudre du papier. Et piquer, ça fait mal. C’est une contrainte infligée au papier. En assemblages de lanières de feuilles, le fil dessine le trait, comme le ferait un crayon. Fleury déplace la machine à coudre, du foyer à l’atelier. Quant aux papiers qu’elle utilise, ils sont aussi bien ordinaires, usuels, comme des feuilles quadrillées, que raffinés et destinés aux arts graphiques.

L’artiste commence toujours par le papier. Ici elle le tresse, le tisse et le coud, comme dans un ouvrage de dame. Là et depuis toujours elle recouvre à profusion ses carnets de dessin de projets sculptés. Pour les parties en tissu rembourré de ses sculptures, elle détourne aussi l’usage de la machine à coudre, machine « ménagère » par excellence, pour le promouvoir au rang de technique d’art. Et pour les parties en céramique, elle fait de même avec le four de potier, machine d’artisan. Tout se mélange, tout est détourné, contraint. Pas de hasard, pas de laisser-aller.

Fleury maîtrise toutes les techniques, connait les machines, sans doute qu’elle les aime. Elle déploie aussi sa culture des matériaux en mélangeant le grès brut, très mat, à la porcelaine de Bavière, écrue, au lin naturel, couleur grège, et à la porcelaine fine, blanche et brillante. Ses compositions créent ainsi des camaïeux de blancs aux tons aussi subtils que les Outrenoirs de Soulages.

Marina Inglelbarth.
Critique d’Art et commissaire
indépendante. Avril 2016

 

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