Galerie le 116art

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Objets de Curiosité

Exposition janvier 2013

Jean-Luc Bari ou l’éloge de la découverte

Le recouvrement est un des rares concepts qui évoque des réalités diamétralement opposées dans leur style comme dans leur résonance ordinaire.

Que dire en effet d’un discours qui oserait par exemple un quelconque rapprochement entre le sucre glace des pâtissiers et le linceul des cadavres ? Entre le récit de la pomme d’amour croquée par Simone de Beauvoir dans « Mémoires d’une jeune fille rangée » et les représentations immobiles et sérieuses des portraits des défunts du Fayoum ?

Et il y a pire encore, comment comprendre, au sens strict de « saisir ensemble », des notions comme celle du pli deleuzien qui en recouvrant la réalité baroque se joue d’improbables coïncidences, bord à bord, et celle du psychiatre photographe Gaëtan de Clérambault qui prétend dévoiler en saisissant au creux des innombrables pliures du burnous le corps sacré des femmes cachées de l’Orient ?

Or, devant les oeuvres de Jean Luc Bari nous nous retrouvons devant des réalisations qui nous obligent peut être à dépasser ces paradoxes ou du moins à assumer leur vérité sans risquer de sombrer dans l’exclusive et le réflexe hélas trop connu de la pensée de l’ «ou bien».

Chez cet artiste l’envie de lécher ou du moins de caresser l’épiderme verni de l’extincteur voisine avec l’épreuve inquiétante du simulacre du rocher, comme si, là, dans une simple déambulation, le visiteur de l’exposition voyait se déployer la redoutable polysémie de la couverture. Tour à tour fantômes et mises à nu coexistent dans ce qui devient alors sous nos yeux une bien nommée dé-couverte.

Jean Luc saisit la forme de l’artefact dans une résine qui lui donne comme chez les Anciens son universalité ; ainsi recouverts l’extincteur ou le cintre deviennent prototypes, matrices applicables à tous les « individus » dérivés à venir. Loin de dissimuler, cette recouverte découvre et nous dit quelque chose de la réalité profonde et substantielle de l’objet.

Mais ces propos trop métaphysiques ne doivent pas effrayer le visiteur qui saura, dans le tête à tête souvent joueur et sensuel des matières employées et des couleurs choisies, trouver le sens de cette démarche, qui, en cachant, nous forcerait alors à regarder les choses. Un peu comme ces interdits qui ajoutent au désir une dimension frénétique, le travail de cet artiste dépose sur les objets une feuille de vigne délicate qui saura nous obliger à cesser d’entretenir paresseusement un regard neutre, pour aborder une découverte du monde et des objets qui le peuplent d’une manière enfin concupiscente.

Oui, l’anodin mérite qu’on s’y attarde en voyeur qu’on se repaisse de ses formes et de ses rebondis qu’on salive sur ses surfaces laquées comme devant une peau brillante et ce spectre de montagne qui nous fascine dans ses multiples avatars, mérite qu’on cherche à le surprendre dans sa nudité même.

Ainsi Jean Luc Bari nous invite t-il à découvrir un univers dont on finirait pas croire qu’il n’existerait que représenté, renouant en cela avec une esthétique Baroque et tragique dont l’or et l’encens masquaient moins qu’ils ne criaient à tous ceux qui voulaient l’entendre tout à la fois la beauté du monde et la finitude de notre regard.

L’on peut juger audacieux de rapprocher l’univers contrôlé à la finition parfaite de Jean Luc Bari de l’exubérance formelle de l’ultimo barocco mais là encore il est peut être préférable d’ insister sur l’ambition commune des deux démarches plutôt que de s’arrêter sur le mode de recouvrement choisi par chacune d’entre elles, n’est ce pas en cela qu’on saisira au mieux l’ambition de ce moderne dé-couvreur ?

Laurent Devèze
Philosophe, Directeur de l’Institut Supérieur
des Beaux Arts de Besançon.