Galerie le 116art

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1er dimanche de chaque mois
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l’être parlêtre

Exposition, novembre 2011

lettre par lêtre

Dominique Torrente a trouvé la juste attitude afin de se positionner constamment à l’affut de tout ce qui compose sa culture, ses racines et aussi ses inspirations où le mot est essentiel autant pour sa beauté que par sa justesse. A force d’obstination tout devient « presque » limpide entre sa destinée et les moyens qu’elle trouve afin de l’enrichir. C’est donc l’état dans lequel elle s’installe quand elle projette son projet dans la réalité d’une fabrication, d’une production, de la rédaction d’une oeuvre. Puis, elle construit sa matière en dessinant des mots et se sert d’eux comme d’une substance sophistiquée à modeler ou bien encore comme une entité avide d’autonomie.

Le mot possède un nombre incalculable de traits de caractères, autant que peut en posséder l’être humain qui parcourent aussi bien la violence que l’humour, s’insèrent entre la grivoiserie et le sensuel. Ils nous mènent dans l’austérité aussi bien que dans la magnificence où des ornements font la danse entre arabesques et cris. Les mots forment la partie la plus importante du paysage d’une « Culture » qui pour Dominique Torrente transforme son oeuvre en un manifeste scandé de broderies et
d’incisions.

Comment utiliser la couleur pour peindre les mots? Comment arriver à associer un mot à une matière ainsi qu’à une couleur? Tout commence par l’apprentissage de l’art, celui qui instruit et qui libère L’artiste enfile avec conviction son tablier d’ouvrière et travaille à «remettre mille et mille fois son ouvrage sur son établi» pour façonner les mots, seuls, composés ou encore en association, de façon à leurs configurer une forme, une silhouette, un relief. C’est ainsi que la sculpture apparait, en bas-relief ou haut-relief, dans les tailles d’une gravure ou sur le « suturage » d’un tissu . Elle donne pour cela un sens à ses gestes ancrés
dans la tradition et finalement rejoint le sens imposé par son métier, celui d’artiste plasticien.

Pour dire le mot précisément il faut prendre en compte le temps et sa réalité. Le travail de la main est le moyen pour rentrer en méditation, celui où toutes pensées s’élèvent, se chargent de vie et donnent une nouvelle perspective aux mots. Ces derniers, Dominique Torrente les choisit et, en les isolant, compte contre le temps, ou du moins pas avec lui. C’est charmer dame la mort, c’est danser avec elle. C’est peut-être la reconnaitre.

Elle fait rythmer ses mots de façon plus ou moins liée.La cadence des mots, qu’elle ré écrit et qu’elle sacralise résonne comme des signes brodés à la main ou bien à la machine selon la direction qu’elle donne à l’oeuvre en train d’apparaître. Dans l’acte de peindre la technique de la broderie à la machine est parfaitement maîtrisée. Par contre, pour dessiner ou scarifier la toile, la broderie à la main, même maladroite, est primordiale. En même temps Dominique Torrente n’oublie pas son besoin de converser avec la terre, matière mère de la Création, celle d’où sont issus aussi tous les mots, et utilise l’argile qui lui apporte de nouveau le contact manuel avec un ressenti plus trivial et plus charnel.

Ainsi elle dresse des formes inventées et audacieuses soutenues par des slogans façonnés eux aussi dans la terre. Elle donne la parole à la terre.

Peindre, graver ou broder les mots sélectionnés dans une extrême exigence nous dévoile une poésie qui se passe d’écriture cohérente. Mais ce n’est pas non plus de l’aléatoire, au contraire c’est dans l’exigence du mot qui doit claquer au regard et à l’esprit que Dominique Torrente exprime une création où il faut savoir abandonner pour retrouver, c’est la liberté d’exprimer.

Yves Sabourin, Inspecteur de la création artistique
Collège art plastique
Direction générale de la création artistique
Ministère de la culture et de la communication